vous trouverez ci après quelques extraits du livre "un prêtre rencontre Sai Baba" de Don Mario Mazzoléni.le titre original est " un sacerdoce incontra sai baba" ©1991 arménia editore Milano© 1993 éditions Amrita et L'or du Temps pour la version française.I SBN 2-904616-80-2 . Aucune partie de cette page ne peut faire l'objet d'une utilisation commerciale. Vous pouvez commander cet ouvrage aux Éditions Sathya Sai France. Les numéros que vous trouverez dans les paragraphes (entre parenthèses )correspondent aux numéros des pages.

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Ces morceaux choisis ne représentent que 5 % de l'ouvrage. Ils ont été choisis en fonction de l'écho que ces passages ont eu sur le webmaster.Ces extraits pourront être utiles aux personnes , qui, comme moi, sont issues de notre Mère la Sainte Eglise Catholique et Apostolique.

sur le même sujet :

testament spirituel de Mario Mazzoleni

Sai Baba et Jésus

L'unité des religions

le lien manquant

 

"Quand le mental est opprimé par une douleur démesurée, la capacité et la force requises pour se mettre à la recherche de la vérité lui font défaut ; un seul désir subsiste : celui d'éliminer à tout prix cette souffrance. C'est pour cette raison que dans ce monde, les vrais chercheurs de la vérité sont si peu nombreux : la plupart des gens étant engagés dans le besoin urgent d'échapper à leur propre douleur en poursuivant des joies éphémères. Assouvis, enivrés par ces satisfactions de courte durée, les hommes en deviennent de plus en plus dépendants, et y sont tellement empêtrés qu'ils ne sentent même plus le besoin de sortir de cet état si précaire, le jugeant « normal ». comme leur vision est enfouie dans ces « choses », ils ne peuvent donc pas voir Ce qui existe au-delà même de ces choses.

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Mais lorsque la douleur est bien là, qu'elle nous tenaille de toute part sans nous concéder la moindre chance de répit ,quand tous les remèdes que nous avons recherchés -simples substituts -font partie intégrante de cette douleur et en sont la cause, du fait qu'ils sont remplis d'illusions et insuffisants pour satisfaire les besoins de bonheur de l'âme, alors naît l'impulsion de la recherche.

J'ai rencontré beaucoup de personnes, souvent parmi les gens aisés, qui se disaient pleinement satisfaites de leur vie et ne voyaient nullement la nécessité de se mettre sur la voie de la recherche spirituelle. « Que faut-il donc chercher ? » disaient elles ouvertement. « Nous avons obtenu tout ce que nous désirions de la vie : un bon mari avec une excellente position sociale, des fils studieux et en bonne santé, une religion parfaite. Nous ne comprenons pas pourquoi vous nous tourmentez avec cette recherche de la vérité. »

Mais si vous essayez de faire vaciller leur assurance en leur demandant : « Ne pensez-vous jamais que toute cette chance pourrait disparaître d'un moment à l'autre ? Que feriez-vous alors ? » A ce moment-là, elles vous répondront qu'elles ne veulent pas prendre cette éventualité en considération, car ceci ne les concerne pas ; à moins qu'irritées, elles n'essayent de conjurer le mauvais sort...

Il est beaucoup plus facile à un homme de changer quand arrive le moment où tout lui semble dénué d'importance et qu'il se demande : « Que puis-je faire pour sortir de cette absurdité ? » Il n'existe pas de castes particulières auxquelles est réservé l'accès à cette recherche : tout le monde peut y arriver, le riche comme le pauvre. Le riche parce qu'il a la nausée du trop plein, et le pauvre parce qu'il s'est tenu éloigné de la corruption de la richesse, tout au moins lorsqu'il ne l'a pas désirée.

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Quand un homme atteint le stade où il aperçoit vanitas Vanitatum-Que tout est Vanité - acquiert immédiatement une nouvelle sensibilité qui le rend capable de saisir toutes les possibilités de résoudre les questions fondamentales de la vie.

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M'étant retiré dans ma région natale avec un traitement basé sur le repos pour me rétablir physiquement, je commençai également ma cure intérieure composée de lectures, d'études et de réflexion, dans le but de satisfaire ma soif de vérité. Trop de questions étaient restées en suspens dans la théologie que j'avais étudiée. Souvent, les catéchistes et les jeunes de ma paroisse avaient essayé de me pousser à apporter une réponse à des sujets brûlants, comme l'au-delà, l'existence des anges, l'après-mort. Mais je répondais toujours évasivement, car en dehors de la foi, il me manquait l'apport de motifs vraisemblables.

Ayant toujours été plutôt rationnel dans mes enquêtes et ne disposant pas de théories rigoureusement scientifiques d'une part, et, de l'autre, n'étant pas satisfait des réponses fournies par la doctrine officielle, j'avais de graves lacunes à combler. Lorsqu'à mon tour, je repos, les mêmes questions à d'autres prêtres, on me répondait : " C'est la foi qui te le dit. "Ceci est une des réponses les plus insensées qui soient, car si je fais appel à la foi, sa force est telle qu'elle devrait résoudre tous les problèmes et tous les doutes. Pour quelle raison en effet me servirais-je d'une religion et de ses instruments, si j'étais déjà arrivé à destination ? Au contraire, si la religion est un moyen devant me conduire à la foi, pourquoi me répond-elle en me renvoyant vers ce que je suis précisément en train de chercher et que je ne possède pas encore, puisque c'est justement elle qui devrait me le donner ? La foi est un mot dont il faudrait comprendre le vrai sens, car en son nom on peut même tuer, fomenter des guerres, et commettre des violences.

Il était évident que même cette réponse, bien que fournie « de bonne foi », ne m'apportait aucune lumière sur les questions que je me posais.

Je me rendis immédiatement compte que dans notre philosophie occidentale, et par conséquent dans la théologie mo­derne également, il existe une grave lacune : tous les aspects ésotériques ont été bannis, brandis en tant que moyens ignobles et dégradants pour affronter des arguments spirituels. L'ésotérisme et tout le monde occulte sont identifiés à la magie et enfermés dans les étroits casiers de la nécromancie, donc condamnables. Après les sombres années où, sur les bûchers des places publiques, on brûlait, à côté de fanatiques, de sérieux chercheurs de l'occultisme auxquels on attribuait l'appellation sordide de sorciers ou de sorcières, et ceci sans la moindre discrimination, on a voulu effacer le souvenir d'une étude - la parapsychologie - qui mériterait de plus en plus de figurer au palmarès de la science, et qui a bien peu à voir avec le monde de la sorcellerie. La Bible est truffée d'épisodes paranormaux qui confinent d'une manière subtile au miraculeux et qu'on ne peut compren­dre sans une préparation à la parapsychologie.

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Le célèbre phénomène d'idéo plastie des chatons de Nice rappelle un épisode biblique semblable. Ces chatons naquirent avec les chiffres de l'année 1921 gravés sur le ventre. Ces chiffres étaient imprimés sur un sac devant lequel la mère chatte, pleine, était restée accroupie, le fixant pendant des heures en attendant que la souris qui s'y était réfugiée en sortît. Dans la Genèse 30, 37-43, on raconte que Jacob avait placé dans les abreuvoirs des branches qu'il avait écorcées en rayures, de façon à ce que les animaux qui venaient se désaltérer, et qui s'accouplaient en regardant ces branches, puissent donner naissance à des chevreaux « rayés, tachetés et marquetés ».

Ce phénomène n'a rien de magique, mais peut s'expliquer par la puissance du rôle déterminant que jouent les impressions visuelles sur tous les aspects de la vie d'un être. On peut donc imaginer la puissance de ces effets sur un être vivant qui, de plus, possède un mental.

L'existence de géants ne semble plus tellement mythique, et on ne peut plus être accusé de naïveté si l'on croit ce qui est écrit dans le livre des Nombres,l qui parle d'un pays habité par des hommes de « haute taille » («gigantes» dans la Vulgate), devant lesquels les explorateurs envoyés par plastie « semblaient des sauterelles ».

Que dire alors des sortilèges pratiqués par les magiciens et les sages d'Egypte lorsque, face à la démonstration de plastie qui transforma son bâton en serpent, ils réussirent à faire de même, ou quand les eaux du Nil furent changées en sang et qu'ils arrivèrent à reproduire le même prodige ?2

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Chapitre 5

Le Maître des Maîtres

« Quand tes paroles se présentaient, je les dévorais : ta parole était mon ravissement et l'allégresse de mon coeur. »

JEREMIE 15,16

Cela se passa peu de temps après mon retour en terre de Bergame. Nous étions en 1980. Une personne de ma connaissance me fit savoir qu'un grand gourou allait venir en Italie. Compte tenu de ma soif de maîtres, ceci me semblait être une occasion en or. Selon cette dame, un certain Sai Baba devait venir en Italie.

Qui était donc ce Sai Baba ? Ce nom ne me disait rien, mais j'eus subitement l'occasion d'avoir entre les mains un petit volume qui était une brève biographie de ce personnage, écrite par un Américain, un certain Shullman. Il s'agissait d'un livre qui relatait les expériences que l'auteur avait vécues aux côtés de Sai Baba en Inde. Au début, je lus négligemment, puis de plus en plus avidement. Ce que je lisais était si ahurissant que je pensai immédiatement que l'auteur, doté d'une imagination fertile, inventait ces histoires pour mettre en appétit l'esprit des lecteurs fatigués.

Peu de temps après, je découvris qu'il existait sur le marché un livre d'un autre auteur, H. Murphet, traitant du même sujet, intitulé Sai Baba, l'Homme des Miracles. Je l'achetai et le lus avec la même avidité que le premier, mais maintenant je ne pouvais plus douter de la crédibilité du personnage, car il était beaucoup moins vraisemblable que deux auteurs, l'un australien et l'autre américain, mentissent ou échafaudassent les mêmes inventions. En outre, tous les phénomènes et explications que j'y puisai trouvaient une ample confirmation dans les études que j'entreprenais.

L'histoire devenait de plus en plus sérieuse. Ce Sai Baba n'était pas vraiment un gourou dans le sens ordinaire du terme, mais quelque chose d'extrêmement plus élevé, s'il fallait croire ce que l'on racontait à son sujet. Ses miracles - et là j'utilise le passé car je me réfère à ma façon de penser à l'époque où je lus ce livre - étaient trop stupéfiants et sentaient trop la mise en scène : de ses mains sortaient des bagues, des colliers, des statues en or, et même des fruits hors saison. Pourquoi ? Je me le demandais. Au moins Jésus-Christ guérissait-il les malades. A quoi peut bien servir tout ce show d'objets précieux, ce gaspillage d'habileté et de pouvoir ?

Je n'étais pas encore un lecteur suffisamment mûr pour comprendre la profondeur de ces messages. J'avais encore en moi la hâte de connaître, l'anxiété de tout savoir, tout de suite et à bon marché. Je n'imaginais pas le chemin qu'il me fallait encore parcourir pour comprendre un seul de Ses petits gestes, une seule de Ses paroles. A cette époque, je n'étais pas encore conscient de mon ignorance, et je pensais que la connaissance en matière spirituelle et en théologie m'était due par droit de caste. Je contemplais ce regard courroucé sur la couverture du livre. Même Son aspect physique ne me plaisait guère, mais Son expression était celle de quelqu'un qui disait : « Même toi, tu ne m'échapperas pas ! C'est une question de jours. » J'avais désormais appris à éviter de fermer les livres à cause de leurs extravagances, et il s'agissait pour moi de résoudre une à une les questions qui me venaient à l'esprit.

En premier lieu, je n'émettais aucune objection concernant les miracles. Cela semble plutôt étrange, mais la chose ne me frappait plus autant. S'il y a des personnes qui font plier des petites cuillères, émettent de l'ectoplasme par la bouche ou allument des allumettes en les regardant, pourquoi donc aurais je dû m'étonner et me choquer qu'il existât quelqu'un faisant surgir de ses mains tout ce qui lui venait à l'esprit ? J'avais compris que c'était seulement une question de niveau de matière et de conscience... de l'artisan.

Néanmoins, je me demandais qui pouvait bien être cet homme qui avait plein pouvoir sur la matière, la manipulait comme il le voulait, la créait sans trucages. Un magicien a des motifs : le profit, le succès, la gloire ; et puis, il ne réussit pas toujours à accomplir ses prodiges. Mais Lui ? Quel était son but dans tout cela ? Et puis, un magicien fait sortir d'un quelconque cylindre une colombe et des lapins qui, on le sait parfaitement, sont déjà cachés quelque part sous la table. Mais Sai Baba avait déjà démontré à plusieurs reprises que la majorité des objets créés par Lui n'existaient pas auparavant, et prenaient forme au moment même. Il s'agissait par conséquent d'un acte de création, d'une opération qui déconcerterait n'importe quel savant.

J'étais frappé par la classe avec laquelle certains prodiges étaient accomplis ; par exemple, le collier de perles qu'une vague de l'Océan Indien avait déposé aux pieds de Sai Baba au moment où il s'avançait vers la mer : hommage empressé de l'immensité à Celui qui se proclame l'Immense.

Il ne suffisait pas de connaître le répertoire de ses prodiges. A vrai dire, le livre de Murphet est une anthologie de miracles, laissant très peu de place à la pensée même de Sai Baba.

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A un moment donné, lorsque j'allais arriver à cette conclusion -que nul catholique, pour rien au monde, n'aurait eu même l'audace d'effleurer -je fus assailli par une série de doutes atroces. Les pouvoirs étaient vraiment bouleversants, mais... si c'était une sorte d'Antéchrist ? En effet, les Ecritures avaient également prédit la venue de ce personnage troublant. Il me semblait à présent qu'il y avait du diable partout dans cette affaire. Je regardais ce visage obscur, négroïde, je le comparais à l'image hiératique et angélique de notre Jésus hollywoodien, blond aux yeux bleus, le Jésus, en somme, de l'iconographie traditionnelle, et je me disais : « Est-ce que vraiment ce n'est pas un démon ? Je ne peux pas exclure qu'il puisse l'être, bien que pour le moment, je ne sois pas en mesure de le démontrer. » Et de plus, vêtu d'orange. En effet, par le passé, dans toute notre tradition, n'y eut-il pas de meilleure couleur que le rouge feu pour dépeindre le démon et l'ambiance infernale ?

Pauvre de moi ! Je ne me rendais pas compte combien mes pensées étaient totalement irrationnelles et injustifiées. Je ne voyais pas comment ce docteur en théologie qui croyait avoir compris un avatar en regardant simplement sa photo, pouvait se comporter d'une manière aussi illogique et aussi infantile. Et ce diplômé oubliait un petit détail : que Jésus n'était certainement pas blond aux yeux bleus, mais plutôt de teint olivâtre, et que la couleur pourpre est réservée aux très hauts dignitaires de l'Eglise catholique.

Mais surtout, je ne comprenais pas à cette époque combien il est facile pour le mental, quand il s'arrête à une forme extérieure, de s'abandonner aux idioties les plus stupides. Si je m'étais trouvé en présence de Jésus le Christ, je me serais sans aucun doute permis de trouver qu'il était trop petit, qu'il avait les pommettes saillantes, les cheveux longs des hippies, l'aspect d'un drogué, d'un fou, les yeux trop animés... qu'il ne pouvait pas être le Messie. Peut-être que je me trouvais, moi (76) aussi, parmi ceux qui, à Son époque, dirent: « Celui-là n'expulse les démons que par Béelzéboul, le prince des démons. »(Mathieu, 12-24)

Pourquoi répéter cette erreur ?

De nombreuses personnes pensent avoir une foi telle en Jésus, qu'il leur est superflu de chercher ailleurs. Mais, à part le fait que, si elles ont vraiment la foi, celle-ci devrait se refléter dans toutes leurs actions, il est facile de croire en un personnage qui n'existe plus physiquement et qui, par conséquent, est glorifié en partie aussi par la rhétorique même des narrateurs, et par son martyre. On remarquera que dans le cas d'un mort, on aime se souvenir seulement des événements heureux, et on tend à oublier chacun de ses défauts. Si cela est vrai pour les personnes limitées et méchantes qui constituent une grande partie de l'humanité, pour Jésus, « l'agneau sans tâche », l'idéalisation devait être encore plus grande.

Pour ne pas créer d'équivoque, je souligne que la personne de Jésus resplendit indépendamment des descriptions fournies par l'histoire et la littérature, mais j'affirme qu'un coup d'oeil à la photo du Nazaréen aurait sûrement déçu un grand nombre de gens. En effet, parmi ceux qui eurent la chance d'approcher physiquement Jésus, certains ne surent pas le reconnaître et furent déçus. On pourrait se demander pourquoi ceux qui ne voulaient pas le reconnaître, au point de désirer Sa mort, se trouvaient parmi ses contemporains, tandis que les « chrétiens » d'aujourd'hui seraient les seuls à être aussi attachés à une forme qu'il n'ont ni vue ni connue.

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Dans la seconde moitié d'août 1981, j'arrivai à Puttaparthi, après un long voyage en avion entrecoupé d'exténuantes attentes dans les aéroports. De Bangalore, il restait encore cent cinquante kilomètres à parcourir en taxi pour arriver à l'ashram de Sai Baba. Il fallut quatre heures pour couvrir cette distance. Une étroite route traversait une brousse inhospitalière parsemée de petites montagnes rocheuses qui ressemblaient à des météorites tombés du ciel et polis par les millénaires. Le taxi, une vieille Fiat 1100, ne promettait ni confort ni sécurité. J'avais les reins brisés et endoloris.

Le chauffeur s'arrêta pour faire le plein et boire un café. La chaleur était suffocante, et lorsque la voiture fut imobilisée, un mendiant s'approcha demandant l'aumône. A peine la lui avais je donnée qu'une foule d'autres mendiants et lépreux se précipita, les mains et moignons de bras levés et tendus. C'était hallucinant. Cela faisait déjà deux jours que je voyageais.

La soirée précédente, un chauffeur de taxi m'avait extorqué de l'argent pour un service que la compagnie aérienne aurait dû prendre « en charge ». Je savais très peu d'anglais, et pas un traître mot d'anglo-indien. J'étais épuisé. Je refermai rapidement la vitre et, quelque peu désespéré, me demandai : « Mais que suis-je donc venu faire dans cet enfer ? Quelle idée stupide a bien pu me passer par la tête ? »C'était le moment de l'épreuve. Le moment de vérifier jusqu'à quel point j'étais disposé à souffrir pour obtenir le maximum. Dans les récits mythologiques, on lit aussi que les grands trésors cachés dans les cryptes des mystérieuses ruines étaient souvent protégés par des animaux féroces et par des serpents venimeux. Seul l'audacieux aventurier pouvait accéder à ces richesses, après avoir surmonté tous les obstacles.

Etant donné les circonstances, je n'étais guère disposé à philosopher, et j'aurais cru au miracle si un hélicoptère était venu, m'avait enlevé et ramené à la maison. Mais en vérité, un authentique miracle était en train de se produire, puisque j'avais déjà été enlevé sans pouvoir revenir sur ma décision. Il m'était impossible de rebrousser ce chemin qui me conduisait dans une Demeure de Paix Suprême. Il ne dépendait plus de moi de faire quoi que ce soit pour me reconduire à ma vraie Demeure. Quelqu'un veillait sur moi et planifiait mon Retour- Bien que je fasse tous les efforts possibles pour échapper à cette emprise, l'éviter m'eût été fatal, et Celui auquel j'avais confié le sort de mon salut ne pouvait plus le permettre. Comme il est grand, l'amour d'une mère, lorsqu'elle poursuit son enfant qui se refuse à prendre un médicament, et le tient fermement dans ses bras pour le lui administrer ! J'arrivai enfin à Prashanti Nilayam : la résidence de Sai Baba et la Demeure de Paix Suprême, comme le nom lui­-même l'indique si justement. Tout ce que j'avais lu m'avait convaincu qu'il était extrêmement difficile d'obtenir une rencontre avec le Divin Maître, mais lorsqu'on tente sa chance, on espère toujours que le meilleur se produira. Et c'est bien ce qui arriva. J'eus à peine le temps de déposer ma valise au bureau d'accueil que je fus informé d'un imminent darshan.

darshansignifie « vision », mot très courant en Inde pour indiquer le moment où un personnage religieux se montre à ses fidèles. Il y a quelques temps de cela, je lisais dans plastie Romano (journal de la Cité du Vatican) un article qui parlait des évêques de l'Inde méridionale qui avaient rencontré le Pape. L'un d'entre eux, s'adressant avec le salut rituel au Saint Père, commença son discours en faisant allusion au dernier darshan qui lui avait été récemment accordé par le Pape.

Bien qu'il soit vrai, comme disaient nos anciens, que le pouvoir spirituel d'une bénédiction traverse sept murs (en réalité, il en traverse un nombre illimité), tout bon catholique préfère néanmoins recevoir la bénédiction papale le dimanche à midi, directement sur la place Saint-Pierre, plutôt que par l'intermédiaire de la télévision. Ainsi, chez les Indiens, la croyance générale veut que la présence physique d'un saint soit beaucoup plus efficace qu'une simple communion d'esprit.

Tant que l'homme ne sera pas en mesure de transcender la forme pour s'unir spirituellement au Sans-Forme, tout ce qui, dans le monde extérieur, peut lui rappeler le divin, est utile et doit être considéré dans cette optique avec le plus grand soin. Celui qui a transcendé toute forme peut se passer de moyens et de disciplines pour atteindre le Divin, mais il ne peut le manifester que lorsqu'il aura transcendé tout conditionnement des sens. Ici, personne ne peut tricher, personne ne peut affir­mer avoir dépassé toute forme extérieure s'il aime encore la bonne chère, le confort d'une luxueuse villa, la voiture avec toutes ses commodités et la compagnie de ceux qui lui procu­rent une extase temporaire. L'homme qui a perdu tout intérêt pour les objets des sens est prêt à se fondre dans le Sans-Forme, mais aussi longtemps qu'en lui subsistera la plus petite (94)dépendance par rapport au monde sensoriel, il aura encore besoin d'une forme, même lorsqu'il est à la recherche de Dieu.

Il y a dix ans (ndw : en 1981) , à Prashanti Nilayam, il n'y avait pas encore l'affluence que l'on y trouve aujourd'hui. Je ne savais pas alors quelle chance j'avais de jouir de tout cet espace et de toutes ces occasions de voir Sai Baba de si près. Pensez que dans le périmètre du mandir -large cour située devant le temple -, il n'y avait pas plus de trois rangées de personnes assises par terre sur un fin sable rouge ; trois rangées bien alignées, sans même avoir besoin de jouer des coudes comme cela se fait aujourd'hui, pour se répartir dans cette cour.

Je me dépêchai d'entrer dans cette enceinte entourée d'un mur aux ornements architecturaux. En face, le temple. Une personne vêtue d'orange en sortit, l'allure majestueuse, calme et solennelle, semblable à celle d'un grand-prêtre. Ses cheveux touffus et crépus, tel un diadème royal formant une volumineuse couronne autour de Sa tête, étaient agités par une douce brise qui apportait un soulagement dans la chaleur humide des derniers jours de la mousson, et laissaient entrevoir un visage épargné par le temps.

Le groupe des hommes ressemblait à un lac blanc, celui des femmes à un arc-en-ciel de toutes les couleurs. Le temple était rose et azur, les arbres d'un vert intense. Dans cette fête des couleurs, qui faisait penser à un jardin enchanté planté de lys et de fleurs des champs, Son vêtement d'un orange vif ressortait et tombait à terre, Lui couvrant complètement les pieds et Le faisant ainsi ressembler à un arbre éternel, solidement planté dans la terre. Pour le rendre encore plus fascinant, le vent caressait Sa tunique qui épousait son corps à la fois mince et puissant.

Un silence ineffable régnait dans l'atmosphère. Il y avait bien sûr beaucoup de corbeaux croassants, et divers oiseaux et perroquets qui voltigeaient de-ci de-là, se détachant sur un ciel d'un bleu intense où des nuages passaient rapidement, mais (95) l'impression que donnait ce spectacle était celle d'un profond silence. Tous ces volatiles et ces nuages n'étaient que les reflets de nos pensées qui vont et viennent dans un tourbillon incessant, suivant un rythme ininterrompu. Le silence régnant là représentait la conscience, dans laquelle des pensées se révèlent sans pour autant la troubler.

Tout se déroulait sans heurt. Le temps semblait ne plus exister. Là-bas on oublie de regarder l'heure, on ne pense plus à sa famille, à ses problèmes, à la fatigue, aux imperfections de son corps.

Je fus comme magnétisé par Sa présence. Il s'approchait à présent de l'endroit où je me trouvais, prenant des lettres, faisant un geste de la main comme pour dire « Attends, demain. Patience ! Reste assis. » Se penchant vers une personne qui lui demandait quelque chose, avec une voix suave et innocente, Il lui répondit « Eh ? », comme quelqu'un qui n'a pas compris, ou qui, jouant à l'innocent, veut se faire répéter la question. Il s'arrêtait parfois, s'écartait un peu et opérait une rotation de la main dans laquelle apparaissait de la poudre blanche : la vibhouti. Tout me semblait normal, tout correspondait à ce que j'avais lu auparavant dans les livres.

Tandis que je Le voyais matérialiser de la cendre sacrée, je demeurais conscient de mon attitude. Un tel geste me semblait naturel, et même mon absence d'étonnement me surprenait. « Mais comment ? » me disais-je, « tu es en train d'assister à quelque chose d'extraordinaire et tu ne t'en émerveilles même pas ? » Ma propre indifférence me scandalisait.

Il passa devant moi et me sourit cordialement, comme une personne qui reconnaît un ami de longue date parmi la foule et lui dit : « Ah ! toi aussi tu es là ? Bonjour ! » Je jetai un coup d'oeil derrière moi, craignant d'avoir eu la présomption de mériter une attention qui ne m'était peut-être pas destinée, puisque je venais à peine d'arriver, mais il n'y avait personne.

Après Son passage, je fus saisi d'une joie indescriptible que seul un flot de larmes pu calmer. Oui, même la joie, lorsqu'elle (96 ) qu'elle devient excessive, ne peut pas être tolérée par notre corps, et si on ne veut pas éclater, elle doit trouver un exutoire pour s'épancher. A côté de moi, un Japonais, ou peut-être un Thaïlandais, avec une imperturbable dignité, sortit de la poche de sa veste un mouchoir de papier, et gentiment me le tendit.

Tous ceux qui arrivent à Prashanti Nilayam entretiennent le vif espoir d'être un jour ou l'autre reçus par Sai Baba. Je ne faisais pas exception à la règle, avec l'idée que je m'étais faite de cet homme qui scrute les esprits et les coeurs des hommes, mais je n'osais pas imaginer que cette chance puisse m'arriver. Habituellement, lorsque Sai Baba reçoit un groupe, c'est à la suite d'une demande formulée par une des personnes qui le composent. Demander une interview, comme on appelle cet entretien, semble juste et légitime pour un groupe. Mais qu'une personne seule prétende être reçue personnellement me semble présomptueux, et d'ailleurs inusité.

Ce grand jour arriva. Un homme nommé Francesco, qui se trouvait à côté de moi, découvrant que j'étais Italien, me dit de le suivre si le groupe des Italiens était appelé. On aurait dit une scène préparée à l'avance. Je ne pouvais pas savoir que Sai Baba appellerait sous peu le groupe italien. Et quand ce petit Etre si puissant, revêtu d'orange, apparut sur le seuil du temple, je me mis à observer tous Ses mouvements. Il passa d'abord en revue les femmes, puis les hommes. L'un d'eux, d'un ton suppliant, se leva pour Lui murmurer quelque chose à l'oreille. Sai Baba, à son tour, lui demanda quelque chose puis, après s'être attardé un peu, le regard dans le vide, fit un geste péremptoire avec le doigt, et il était facile de déduire que la monosyllabe prononcée en anglais devait être : « Go », « Allez ! » Et c'est ainsi que je vis un petit groupe de personnes se lever promptement et se diriger en ordre vers le temple. Francesco me prit par le bras et me dit : « Allez, on y va ! »

Je n'étais pas certain de ce que je faisais et je craignais qu'en entrant Sai Baba me dise : « Qui t'a appelé ? », me réservant (97) le sort de celui qui, invité à des noces, en fut chassé par le roi car il n'avait pas revêtu l'habit nuptial, comme dans la parabole de Jésus. Je restai comme un chiot perdu et tremblant, dans l'espoir que l'idée de me renvoyer ne viendrait à per­sonne. Baba s'approcha et d'un pas sûr entra dans la pièce de l'interview, où nous le suivîmes. Je poussai un soupir de soulagement.

Maintenant nous étions là, les hommes d'un côté et les femmes de l'autre, attendant de voir face à face l'Homme des miracles. Avec désinvolture, Sai Baba actionna le ventilateur puis alla s'asseoir dans un fauteuil à l'angle de la pièce. Il était très petit et n'avait plus ici l'aspect imposant qu'il revêt par contre au darshan. Disons qu'Il avait un aspect très « humain », et mon mental commença donc à échafauder des théories.

« Serait-il possible que cet homme soit Dieu en chair et en os ? Il n'a pas l'aspect d'un dieu, il ressemble beaucoup plus à un malin petit magicien. » Evidemment, mon mental qui allait à la recherche de motifs plausibles présumait connaître l'aspect... de Dieu ! Sinon, comment aurait-il pu confondre qui que ce soit avec un magicien ? Et même le sourire de l'ami qui m'avait si cordialement accueilli me semblait à présent une ruse suspecte. Que m'arrivait-il ? Je ne comprenais vraiment pas.

La peau de son visage était incroyablement lumineuse, et c'est bien plus tard, en y repensant une fois de plus, que je me rendis compte que je ne la percevais pas de couleur olivâtre, comme on la voit généralement, mais bleue comme les nuages d'un orage en plein été. La luminosité de ce visage était telle qu'on aurait cru voir transparaître la lumière sous la peau diaphane. Ce n'était certainement pas le visage d'un homme de cinquante-six ans, mais plutôt celui d'un adolescent pur et angélique. Du fauteuil où il était assis, son regard croisa immédiatement le mien et Il me demanda : « How are you ? » Comme je (98) l'ai dit, mon anglais était bien pauvre, mais je connaissais parfaitement bien la réponse à cette question, pour l'avoir vue dans tous les cours d'anglais : « Fine, thank you ! »

On se serait cru à la représentation d'une comédie au cours de laquelle un des acteurs -et dans le cas présent, il s'agissait de moi -s'était enlisé dans la seule réplique qu'il connaissait. Sai Baba, qui s'était légèrement penché en avant pour me poser cette question, se redressa avec une expression qui voulait dire « En es-tu certain ?» tandis que je me mordais la langue d'avoir répondu aussi stupidement.

Puis Sai Baba, avec un mouvement de la main droite, fit apparaître de la vibhouti qu'il donna à un jeune homme assis à Sa droite. Il effectua une deuxième rotation de la main et une petite médaille apparut, Il la donna à un enfant gravement malade. La troisième matérialisation fut une bague qu'Il mit au doigt du père de l'enfant. Tout cela se déroula en quelques secondes et à si peu de distance que je pouvais voir les objets lumineux apparaître dans Sa main comme des pièces de monnaie. Toutes les personnes présentes étaient émues. Il attira ensuite à nouveau mon attention afin de me de­mander une fois encore - « How are you ? » Je Lui fus infiniment reconnaissant de me donner l'occasion de me reprendre et de corriger ma réponse précédente.

Je n'avais nullement l'intention de Lui demander une guérison physique. J'étais parti d'Italie avec des intentions bien précises. Je savais que, non seulement Il avait le pouvoir de manipuler la matière et de guérir, mais aussi de toucher le coeur des hommes et de leur indiquer le meilleur chemin pour parvenir au but final. Il me semblait impudique de Lui parler devant tout le monde de mon état d'âme et de mon désir de recevoir des instructions pour me guider sur le chemin spirituel. Aussi, sans hésitation, je Lui répondis que j'avais des problèmes de reins.

« Oui », dit-Il, « Je le sais », et il me fit une description détaillée de ma maladie. Francesco traduisait. L 'essence de tout (99) Son discours était que je ne devais pas me soucier de ma maladie, qu'Il s'occupait de moi, et que l'origine de tous les maux se trouvait dans le mental : « Eloignez les dépressions », me dit-Il, « et ne pensez plus au futur. » Ces deux exhortations me touchèrent vivement parce qu'elles représentaient exactement mon état d'âme d'alors : des sautes d'humeur et l'angoisse du lendemain.

Je me demandais pourquoi Il avait passé autant de Son précieux temps à s'occuper d'un problème qui ne revêtait pas tellement d'importance pour moi. Probablement cela devait-il avoir plus d'importance que je ne le pensais. Lorsqu'on rencontre Sai Baba, tout se passe comme si on se trouvait dans une dimension extra-sensorielle. On demeure étourdi et on ne comprend plus ce qui se passe aux alentours. Le message qu'il nous donne n'est perçu que plus tard, et souvent même beaucoup plus tard.

Je ne comprenais pas pourquoi il soulignait l'aspect maladie, alors que ce que je voulais Lui demander était de nature spirituelle, mais je compris plus tard que la discipline spirituelle et la réalisation ne peuvent s'accomplir que lorsqu'on a affiné et pris soin de l'instrument de base qu'est le corps. Et les soins de mon corps devaient se faire -ce qui peut sembler être un contresens -en le « négligeant », c'est-à-dire sans m'en préoccuper plus qu'il n'était nécessaire.

La maladie physique est une conséquence de la maladie psychique. Elle se révèle en raison de la confiance mal placée dans notre corps, que nous considérons comme un objet et dont nous nous servons afin de satisfaire nos caprices, plutôt que comme d'un instrument vecteur de notre réalisation spirituelle. Plus on s'adonne à des activités qui épuisent le corps, plus on craint de perdre le véhicule nécessaire à l'accomplissement de ces activités, et plus on en devient l'esclave. La peur naît, et avec elle la maladie.

(100 )

Dès que Baba eut terminé Sa leçon sur mes maux, Il s'adressa à d'autres personnes. Se tournant vers une femme, Il lui dit: « Toi, lorsque tu es au darshan, tu continues à te demander : "Pourquoi ne me regarde t-il pas ? Pourquoi regarde t-il ailleurs" ? » Et cette femme, confirmant effectivement cette pensée, fondit en larmes. Il formula encore quelques réparties sur des enseignements pratiques et très simples, le tout dans un climat de très douce familiarité, puis Il se leva.

Je demeurai assis, la tête inclinée, perdu dans des pensées dont je ne me souviens pas, et je ne m'aperçus pas que Baba, sur le point de sortir, s'était arrêté en passant devant moi. Je vis soudainement Sa tunique orange, et je sentis une main très douce qui me prenait le menton et le relevait pour me regarder dans les yeux, comme on le fait avec les enfants renfrognés; et lorsque nos regards se rencontrèrent, il me donna une petite tape d'encouragement sur la joue gauche et se dirigea vers la porte.

Nous nous levâmes tous. Une bousculade se fit autour de Lui. Maintenant que j'étais debout, en Le voyant passer devant moi, je m'aperçus combien Il était de petite taille : Son abondante chevelure m'arrivait juste à la hauteur du nez. Nous étions très près l'un de l'autre, Son corps effleurait le mien et j'en éprouvai une indicible tendresse qui se serait volontiers terminée dans une étreinte, comme lorsqu'on retrouve un ami très cher. Je me sentais profondément heureux, mais j'en ignorais la raison. Si notre vocabulaire ne prêtait pas à tant d'équivoques, j'aimerais affirmer sans hésitation que ce fut pour moi l'expérience d'un Amour infini.

Nous fûmes invités à nous asseoir dans une petite pièce voisine. De là, Sai Baba vît appeler quelques-uns d'entre nous individuellement. Entre les deux pièces, il n'y avait qu'un rideau, et pourtant on n'entendait pas un murmure, pas une parole, pas un souffle. On aurait dit que cette cloison si légère était devenue une porte blindée. Us personnes qui revenaient de l'autre pièce étaient toutes profondément émues, et leur visage était (101) transfiguré. Finalement, Baba prit un petit sac à provisions et y puisa des poignées de petits sachets de vibhouti qu'il distribua aux personnes présentes.

Nous sortîmes tous, le coeur en silence. Nous ressemblions à des invités au sortir d'un déjeuner, rassasiés et enivrés par le nectar d'un grand amour que jamais auparavant ils n'avaient ressenti de cette façon. Les autres fidèles nous arrêtaient comme cela se passe lorsque les étudiants sortent d'un examen et que leurs camarades, les entourant, leur posent des questions : « Alors, comment cela s'est-il passé ? Que T'a-tIl dit ? Que T'a-t-Il demandé ? Quelle chance tu as ! »

Durant mon séjour à l'ashram, j'eus maintes fois l'occasion d'observer que Sa présence est perceptible également dans la nature. Un soir -alors qu'il faisait déjà sombre et que la lune était voilée par les nuages -quelques instant avant de me retirer dans ma chambre pour me coucher, je vis se profiler dans le ciel un immense arc-en-ciel. Je n'avais encore jamais vu d'arc-en-ciel la nuit. Je pensai que ce spectacle n'était peut-être pas le moins du monde insolite sous les tropiques, mais un Indien se trouvant à mes côtés, les mains jointes avec la grâce qui distingue ce peuple, s'empressa de me dire : « C'est un miracle de Baba ! » Le lendemain, on ne parlait plus que de cet arc-en-ciel nocturne. Un jour, au darshan, peu de temps avant que Sai Baba ne sorte du temple, un singe entra dans la zone du mandir. Le singe est un animal qui aime à faire le clown, et semble avoir été créé pour distraire, car aucun animal ne sait aussi bien imiter l'homme en brossant sa caricature. C'est pour cela que lorsqu'un singe marche devant vous, c'est toujours un spectacle amusant. Au moment où Sai Baba sortit pour s'approcher des fidèles, deux corbeaux firent une descente en piqué bien synchronisée. On aurait dit deux F-16 de la patrouille acrobatique. Ils se précipitèrent sur l'échine du singe et se mirent à (102) l'effrayer jusqu'à ce qu'ils réussissent à l'expulser et à le mettre en fuite.

Le temps était encore à la mousson et, bien qu'il semblait tendre à l'amélioration, certains jours le ciel demeurait couvert, et la pluie s'abattait à l'improviste. Je remarquai à plusieurs reprises que durant ces jours de pluie, lorsqu'il paraissait impossible que le darshan eût lieu, le temps changeait brusquement au dernier moment. La pluie cessait et une éclaircie se dessinait dans le ciel, juste au-dessus du temple. Partout alentour, le ciel restait gris, sombre, et il pleuvait. Les fidèles pouvaient ainsi entrer dans l'enceinte et jouir de leur réunion avec le Divin Maître dans une sainte paix. Un autre jour, au moment même où Sai Baba sortait du temple, un intense parfum de jasmin se répandit.

Le vent soufflant dans une seule direction, et le parfum étant perçu partout dans la cour du mandir, nous fûmes plusieurs personnes à remarquer qu'il était donc impossible d'attribuer ce phénomène aux massifs de jasmin de l'ashram.

Tous ces épisodes peuvent vous sembler fortuits et peu importants, mais si, parmi ceux qui vous semblent accidentels, vous essayez d'en rassembler un certain nombre, vous vous apercevrez que le tableau ainsi brossé sort de l'ordinaire. Je ne pense pas que dans notre vie quotidienne, le beau temps soit toujours au rendez-vous lorsque nous sortons le week-end, et que des oiseaux télécommandés mettent en fuite le chien qui aboie et nous trouble durant la leçon.

Les hommes ne sont jamais satisfaits de ce qu'ils possèdent. Nous voudrions que le prodige soit toujours plus déconcertant. Après avoir vu le Saint d'Assise parler aux oiseaux et apprivoiser un loup sauvage, nous voudrions le voir voler au dessus des toits pour croire aux miracles qui nous environnent et dont nous faisons partie intégrante. Si l'occasion de le voir voler nous était donnée, il se trouverait certainement quelqu'un pour demander pourquoi la maison ne vole pas elle aussi.

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Dans cet ordre d'idées, le miracle est véritablement ce que l'homme est capable de percevoir quand il le désire. Le miracle, c'est la fleur qui exhale son parfum dans un endroit secret du bois, le miracle, c'est la source d'eau fraîche qui s'écoule sans trêve, le miracle, c'est le soleil qui nous réchauffe sans jamais se lasser.

Ce n'est que lorsque, en raison des erreurs des hommes, nous perdons ces bénéfices, que nous commençons à perdre la pureté des sources ; lorsque le soleil tombe malade et que les fleurs se fanent avant d'éclore, c'est alors que nous découvrons que tout ce que nous possédions était un miracle. Ce miracle qui, malgré tout, continue d'exister, avec l'étonnante force d'immunisation de la nature, et avec son incroyable volonté de reconstruire tout ce qui est détruit par l'homme ; un pouvoir qui révèle la détermination de ce monde à vivre, énergie qu'il faut éviter de pousser jusque dans ses derniers retranchements.

L'homme pourrait avoir toute la création à ses pieds, mais cela n'est pas ainsi car il ne croit pas en sa force, et il lui a substitué un pouvoir de seconde main, celui du moi dont l'énergie est de brève durée. Si l'homme apprenait à vouloir avec le monde, à désirer les grands plans du cosmos, l'univers entier s'inclinerait devant lui et le servirait comme un dieu.

Je débordais de joie d'être parvenu à rencontrer Sai Baba aussi rapidement. Je n'en espérais pas tant, et cet événement me sembla de bon augure. En vérité, il n'existe rien de funeste sous les cieux, et tout ce qui survient ne vise qu'au bien de celui qui y prend refuge. Tout chose devient désirable lorsqu'on se trouve auprès d'un être dénué de tout désir.

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Chapitre 7

Dès mon retour en Italie, je dus affronter toute une série de contrariétés. Comme je l'ai dit précédemment, une des deux écoles où j'enseignais la religion m'avait congédié. Mais j'étais tellement heureux que j'étais prêt à tout accepter pourvu que je puisse annoncer ma découverte au monde entier. Je m'aperçus toutefois que mon entourage restait froid et insensible à ma nouvelle.

Quelques jours après mon retour de l'Inde, je téléphonai à ma soeur, catéchiste et fidèle paroissienne, que je savais assez réceptive en matière de religion. Elle était au courant de mon voyage à , mais bien que respectant mon opinion, elle ne la partageait pas vraiment du fond du coeur. « Tu sais » lui dis-je, « Il est vraiment revenu, je te l'assure. Il est encore

(106 à 109 : à venir )

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Pour comprendre une fraction de la réalité « Sai Baba », il ne suffit pas d'avoir une seule de toutes les qualités citées, mais il faut les avoir toutes et en quantité suffisante.

Pourtant, et plus particulièrement chez les catholiques, il y a des groupes qui ont déjà forgé leurs opinions, et qui sont persuadés que Sai Baba est un démon ou un mystificateur. Mais en poursuivant votre enquête jusqu'au bout, vous découvrirez que toutes leurs connaissances à propos de Sai Baba se limitent à une photo ou au fait qu'ils en ont entendu parler. Ce sont des personnes qui craignent la concurrence ou l'intervention d'un Dieu qui pourrait renverser leur règne, démolissant ainsi leurs valeurs de référence.

Trois facteurs déclenchent le mécanisme de cette apologétique, parfois si passionnelle. En premier lieu, il y a la crainte que le phénomène Sai Baba, qui capte l'attention de millions d'êtres humains, ne menace l'intégrité de la religion établie et n'encourage la fuite des brebis de la bergerie, souci très noble s'il provient d'un sincère zèle apostolique. Un bon esprit apologétique est parfois nécessaire, mais lorsqu'il se transforme en polémique agressive, on peut penser que cette dégradation est motivée par une peur intense, et par conséquent par un profond sentiment d'insécurité, parce que ce que l'on se propose de croire n'est pas suffisamment crédible.

Il existe un deuxième facteur à cette motivation : la crainte que le puissant attrait qu'exerce Sai Baba empêche les prétendus « païens » d'accéder à la vérité -celle que chaque religion croit posséder - et que les « éloignés », à savoir ceux qui pour diverses raisons, pas toujours injustifiées, se sont éloignés de la pratique religieuse, ne se laissent distraire par la réalité orientale, rendant vain tout effort de rapprochement avec leur propre religion.

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J'entends répondre immédiatement à cette objection, en faisant remarquer que chez les milliers de fidèles de Sai que je connais, j'ai observé un grand désir de revenir à leur propre Eglise d'origine avec une ferveur renouvelée, retour qui n'est du reste pas toujours accepté par de nombreux pasteurs qui ont « excommunié » de fait ces fidèles, les accusant dans leurs sermons de traîtrise à leur propre foi. Cependant, quelques prêtres à l'esprit ouvert se sont aperçus que dans la vie de ces personnes baptisées à la Lumière de l'Orient, il s'est effectivement produit une vraie conversion spirituelle, digne d'un respect total.

Le troisième facteur responsable de manoeuvres apologétiques (ndw :Partie de la théologie qui tend à défendre la religion contre les attaques dont elle est l'objet et à démontrer la vérité et la divinité du christianisme, pour aboutir ainsi au jugement de crédibilité, point de départ de l'adhésion par la foi. )réside dans la conviction, désormais enracinée chez beaucoup de chrétiens, que leur propre religion est née d'une Révélation de première main, alors que toutes les autres, même si elle sont valables, ne le sont certes pas à un niveau aussi élevé.

Le Concile Vatican 11, dans sa « Déclaration sur les relations de l'Eglise avec les religions non-chrétiennes » - un document comportant peu de pages, plus connu dans le monde ecclésiastique sous le titre de Nostra Aetate - « supplie les chrétiens... si cela est possible, et lorsque cela dépend d'eux, d'être en paix avec tous les hommes quelles que soient leur croyance ou leur race. » Il s'exprime de la façon suivante à propos des diverses religions non chrétiennes :

« L'Eglise Catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère leurs façons d'agir et de vivre, leurs préceptes et doctrines qui, bien qu'ils différent en de nombreux points de ce qu'elle-même croit et enseigne, reflètent néanmoins souvent un rayon de cette vérité qui illumine tous les hommes.

Toutefois elle annonce, comme elle est tenue de le faire, que le Christ est le chemin, la vérité et la vie (Jn 14, 6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse, et dans lequel Dieu a réuni toutes choses à Lui-même. »(Nostra Aetate, S 2.)

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Ce ne sont plus les anathèmes du Concile de Trente où chaque proposition commençait par la menace : « Si quis dixerit... »(si quelqu'un dit...) et se terminait par « anathema sit » que l'anathème soit, c'est-à-dire : cela est maudit.

Le Concile Vatican Il a porté l'Eglise à un niveau de tolérance beaucoup plus... tolérable. Il reste néanmoins, encore ancrée, cette conviction selon laquelle celui qui n'appartient pas à l'Eglise Catholique ne peut jouir d'une grande partie des bénéfices que seul le Christ a octroyés à Ses propres brebis. C'est pour cela que le document en question affirme sans ménager ses termes que les hommes « doivent » trouver dans le Christ « la plénitude de la vie religieuse ». Bien que les expressions plénitude et doivent soient quelque peu péremptoires et ne laissent aucune alternative, au lieu d'être contestables, elles sont profondément vraies.

Les hommes d'Eglise ont fait l'erreur de vouloir monopoliser en totalité la vérité christologique, bien qu'elle soit le patrimoine de tout le genre humain et ceci, pas nécessairement dans les formes prévues par une culture comme celle de l'Occident. Le Christ, qui est « vivant hier, aujourd'hui et pour toujours », qui est le « Début et la Fin » de toutes choses, qui est « l'Alpha et l'Omega », transcende le monde des rites et des doctrines, touche tous les coeurs, traverse terres et océans et se sert de toutes les formes qui Lui semblent appropriées.

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Puisque le Christ n'est pas une entité errant dans l'espace mais une vérité inhérente à tous les coeurs, il appartient non seulement aux catholiques mais à tout le genre humain. Il est superflu, pour ne pas dire contre-productif, d'imposer ses doctrines aux autres. Si la Vérité du Christ est déjà dans le coeur de chaque homme, seul un comportement correct et juste pourra la révéler et lorsqu'un homme a appris l'art d'aimer son prochain, il devient le missionnaire de cet amour et de cette vérité. « A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciplessi vous avez de l'amour les uns pour les autres. »

Tout se résume donc à comprendre le concept « Christ », quel est son vrai troupeau, sous quelles formes se manifeste le Pasteur, et qui sont Ses brebis.

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Voici ce que dit le poète Kabir :

"A quoi cela sert-il que l'ascète endosse des vêtements couleur safran si son âme est pâle ?

A quoi cela sert-il que tu affiches une moralité que tu fais miroiter devant les hommes, si la musique n'est pas à l'intérieur ? "(tiré de "la prière de la grenouille de A.De Mello)

Dans l'humilité et la pureté du coeur, on découvre les vérités qui unissent. Dans l'orgueil et la méchanceté, on trouve tout ce qui désunit.

L'union est parfois difficile à réaliser à cause de l'obstination et du caprice. L'art de se taire semble donc être la meilleure des solutions. Si la lumière trouve d'elle-même son chemin, il est sage d'éviter d'allumer des querelles là où nous pensons qu'elles finiront par tuer la paix.

Il importe de constater que toutes les religions ont toujours cherché à orienter leurs fidèles vers le même objectif et elles continuent à le faire. Les moyens utilisés sont les plus divers : certains voyagent en barque, d'autres en radeau, d'autres encore en bateau, mais tous traversent le même océan.

Une des fautes les plus graves qui empêchent l'homme de chercher l'union est la présomption. Certains hommes sont persuadés qu'ils accomplissent la volonté de Dieu, même lorsqu'ils persécutent, tuent ou torturent. On constate que les nouveaux mouvements religieux qui ont surgi un peu partout cèdent facilement à la tentation d'avoir déjà des certitudes à imposer aux autres, et ceux que les massacres de l'inquisition font hurler sont à leur tour des inquisiteurs. Le lecteur aura peut-être déjà rencontré des Pentecôtistes, des Témoins de Jéhovah et autres groupes de renaissance chrétienne, prêts à jurer qu'ils ont reçu la révélation que Sai Baba est Satan en personne. Même les fidèles de la secte Hare Krishna, qui (116) auraient pourtant dû voir combien leur bien-aimé Krishna a d'aspects communs avec Sai Baba, font la grimace si, en pénétrant dans une maison, ils aperçoivent une photo de Sai Baba au mur.

Il n'y a rien à faire. il faudra peut-être que cinq mille ans s'écoulent encore pour que naisse un autre mouvement -les Hare Sai -dont les membres iront de maison en maison pour raconter des anecdotes sur Baba et l'amour de ses gopÎs,

petites vachères qui ne se consacreront plus aux vaches, mais aux ordinateurs. Et ces « Hare Sai » sauront que Dieu est encore là, près d'eux, pour chanter sur tous les tons : « Aimez-vous les uns les autres, comme je le fais avec toujours pour vous l'enseigner. »

L'homme spirituel est exempt de fanatisme et il lui est indifférent que l'on chante d'une manière ou d'une autre, que l'on porte au cou un japamala ou petite chaîne avec une croix. Eh bien, s'il se soucie de ne pas troubler l'âme de ses frères, qu'il cherche désespérément et par tous les moyens à s'unir à eux.

Sai Baba ne se met pas en concurrence avec les religions. C'est là que réside Sa grandeur. C'est une personne à part, qui transcende la religion, même s'Il n'essaie nullement de recruter des adeptes ou des fidèles. Il n'ajoute ni ne retranche « un seul iota » aux Ecritures, mais les explique, en démontrant comment elles ont été déformées ou oubliées.

Ceux qui voient en Sai Baba un homme qui a fondé des villages et des collèges par amour du pouvoir et de l'argent, oublient que Celui qui dispose de tout l'or du monde et sait extraire perles et diamants de l'océan par un simple mouvement de Sa pensée, n'a nullement besoin de quémander. Ils ne se rendent pas compte qu'avec leur répugnante et misérable façon de juger tout le monde d'après eux-mêmes, ils portent un jugement sur un Etre mystérieux, un Etre incommensurable, et qu'eux-mêmes, bien qu'ignorants et ingrats, jouissent de Ses Actions intarissables. Ils ne réalisent pas que ce qu'ils voient en Lui est exactement ce qu'ils auraient fait eux-mêmes ou ce qu'ils font déjà.

Ce que Sai Baba accomplit naît d'un amour illimité, d'une grande compassion envers les situations de corruption et de décadence dans lesquelles se trouvent les religions. La qualité essentielle pour s'approcher de Sai Baba est un coeur ouvert à la vérité et fermé aux préjugés . Alors, et seulement à ce moment-là, Sai Baba se revéle.

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Sai Baba était attendu comme Avatâr et Il est considéré comme tel par un grand nombre de personnes. Avatâr est un mot sanscrit qui signifie : « Descente de Dieu dans une forme physique ». Dans la tradition théologique et religieuse hindoue, la notion d'incarnation divine qui se manifeste sous forme humaine en tant que phénomène répétitif dans l'histoire de l'homme ne surprend nullement. Dans notre culture occiden­tale et chrétienne, en revanche, l'Avatâr dans un sens absolu est Jésus le Christ, et cette expérience ne peut se répéter.

Dans la Bhâgavata Gîta, le Seigneur Krishna révèle à Arjuna Son identité et Sa mission divine : « chaque fois que quelque part dans l'univers la religion décline et l'irréligion augmente, ô descendant de Bhârat, Je viens en personne. Je Me manifeste d'ère en ère pour libérer les personnes pieuses, anéantir les incroyants et rétablir les principes de la religion. » 1- Bhagavad Gîta, IV 7-8. 2

« Moi, lumière, je suis venu dans le monde », dit Jésus, « pour que quiconque croit en Moi ne demeure pas dans les ténèbres. »2Jn 12, 46. 3 « Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité »3Ibid 18, 37 répondit-Il à Pilate qui Lui demandait s'Il était roi. Dans une lettre avec des paroles qui rappellent fortement le passage cité de la Bhagavad Gîta, l'auteur du même Evangile affirme : « Or, vous savez que celui-là s'est manifesté pour ôter les péchés »... « C'est pour détruire les oeuvres du diable que le Fils de Dieu est apparu. » 4 - I Jn 3, 5-8.

Bien que les hindous n'éprouvent aucune difficulté à accepter la divinité de Jésus-Christ et à Le vénérer en même temps que Krishna, Rama et d'autres Avatârs de Vishnou, il n'en est pas de même pour les occidentaux qui considéreraient ceci comme une apostasie (ndw : Abandon de la foi et de la vie chrétiennes. = abjurer, renier sa foi) .

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La notion d'avatar devrait faire l'objet d'une attention particulière de la part des savants chrétiens. Il est possible que tout le problème qui nous fait croire que nous sommes en antithèse avec l'Orient dérive d'une mauvaise interprétation des dogmes, ou de la foi irrationnelle et complaisante que nous accordons aux opinions humaines considérées comme incontestables et proposées à travers les siècles, alors que les peuples changent, tout comme change aussi leur niveau de conscience individuelle et collective. Par conséquent, si l'homme change, ses idées changent aussi.

La position adoptée par l'Eglise Chrétienne (I'Eglise toute entière et non pas seulement celle des catholiques) à l'égard de la personne de Jésus, ne permet pas d'entrevoir dans l'histoire de l'homme des possibilités de rédemption différentes de celle qui est liée au nom du Christ. Laffirmation qui se trouve dans les Actes des Apôtres 4, 12 ne semblerait laisser aucune alternative à ce sujet : « Car il n'y a pas sous le ciel d'autre nom donné aux hommes, par lequel nous devrions être sauvés. »

Le nom « Jésus » signifie en fait « Dieu sauve », et la phrase de Pierre extraite du discours tenu à Jérusalem devant les anciens, les scribes et les hauts dignitaires religieux souligne la valeurs du salut dans ce nom ainsi que celle de l'action accomplie par Celui qui le portait. Peu de temps s'était écoulé depuis la crucifixion de Jésus. A cet instant précis, il n'était pas question de disserter sous quelles formes Dieu aimait sauver l'humanité, mais il était nécessaire de reconnaître d'urgence qu'un grand acte de rédemption venait d'avoir lieu.

En fait, aucun de nous n'est en mesure d'établir si Dieu a des « possibilités limitées » de S'incarner et d'adresser à l'homme de nouveaux appels de salut, non seulement sous l'aspect de prophètes, mais aussi sous des aspects de plénitude comme ceux des Avatârs, ou, si vous préférez, du Christ. Ce serait une impardonnable absurdité théologique et philosophique que « d'interdire » à la Puissance Divine de prendre forme humaine (155) dans d'autres ères, chez d'autres peuples et sous d'autres formes physiques. Sur ce point, il ne pourrait y avoir de dogmes contraires, parce que cette vérité se démontre par elle-même et cela, même un enfant peut le comprendre : Dieu ne peut être limité par rien et surtout pas par un esprit humain. Si nous voulons avoir dans l'esprit une idée de Dieu, le premier attribut que nous devons Lui reconnaître, c'est la plus totale liberté.

Lang écrit : « De par sa libre volonté, Dieu a créé le monde, et après la création de ce monde, il peut aussi par un libre décret, entrer en rapport personnel avec les créatures rationnelles et se manifester gracieusement à elles. Le monde n'est ni un amusement ni un besoin de Dieu. C'est une libre manifestation de sa puissance et de son amour, dont il désire faire don. Envisager que ses capacités se soient épuisées avec la création de ce monde, ou que son amour se soit entièrement tari après l'achèvement de cette oeuvre serait faire preuve d'une piètre conception de Dieu. Ce n'est pas à l'homme qu'il incombe d'imposer des limites à Dieu ou d'exprimer des réserves à son égard. Nous ne connaissons ni la grandeur de son pouvoir ni de quel amour il est capable. L'homme doit avoir le courage et l'humilité de se laisser conquérir par Dieu et d'accepter ses hardiesses. » (A. Lang, Compendio di Apologetica, Marietti 1960 page 72 )

Comparer deux personnes comme Jésus et Sai Baba est un travail ardu, non seulement pour celui qui Les rapproche dans une même mission, mais aussi pour celui qui n'arrive pas à Les concilier. En fait, celui qui Les rapproche, ne risque rien de plus que de tenter de définir la position hiérarchique qu'Ils occupent sur le Plan Divin du Salut, puisqu'il ne voit en Eux aucune contradiction. Quant à celui qui ne voit aucun point de conciliation entre les deux, grâce à un conditionnement comme celui qui est exercé par la phrase des Actes citée plus haut, il ne s'aperçoit pas qu'il est tombé dans un piège gigantesque :

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l'impossibilité de concilier deux incarnations, c'est-à-dire deux formes physiques qui en tant que telles sont sujettes à des changements et à l'anéantissement.

Il n'est pas nécessaire de concilier deux physionomies entre elles. Pourquoi vouloir à tout prix trouver des éléments d'identité chez des jumeaux lorsque l'on sait qu'il ne peut s'agir que d'une identité d'apparence ? Evidemment, pour ceux qui croient que tout dépend de la forme, il y aurait beaucoup moins de problèmes si Sai Baba était physiquement le sosie de Jésus ! Le corps de Jésus n'est plus parmi nous, du moins sous la forme d'un être vivant, mais le Christ continue à être parmi nous, c'est-à-dire l'enseignement de Jésus et la Grâce du Christ, une Energie Mystique, Omniprésente et immortelle, incorruptible, qui ne se décomposera jamais.

Il en sera de même pour le corps que Sai Baba quittera, selon Sa propre prédiction, à l'âge vénérable de quatre-vingt seize ans. Mais, malgré l'abandon de Son corps, l'Etre représenté par Sai Baba n'abandonnera jamais le fidèle qu'Il a promis de suivre pour toujours.

« Je ne suis pas Sathya Sai Baba. Ceci n'est qu'un nom par lequel vous Me désignez aujourd'hui. Tous les noms sont Miens. Je suis l'unique Dieu qui répond aux prières jaillissant du coeur humain dans toutes les langues et de tous lieux sur terre, quelle que soit la forme Divine invoquée. »1 - Baba, Sathya Sai, Part 1, 1981, p. 91.

Toutes les tentatives pour cerner par des définitions des êtres aussi élevés que Jésus le Christ, échouent dans des conflits doctrinaux et des controverses dont l'histoire des Eglises est féconde. Conciles et contre-conciles, Eglises d'Orient et Eglises d'Occident, protestants et catholiques ont mené de rudes batailles qui ne pouvaient conduire à la paix.

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Ici se pose une dernière question supplémentaire, après la­quelle il ne restera plus qu'à se rendre à l'évidence : qui nous garantit que Sai Baba est bien celui que Lui-même affirme être ? Ce mystérieux personnage à la tunique rouge flamme ne Se serait-Il peut-être pas trompé ? Ne voudrait-Il peut-être pas tous nous tromper ?

Lang, qui se pose les mêmes questions au sujet de Jésus, affirme que cela serait en « contraste flagrant avec la grandeur intellectuelle et morale de sa personnalité comme elle ressort des Evangiles », et que « sa personnalité est par conséquent la garantie de la vérité de ce qu'il affirme de lui-même ».1 - A. Lang, op. Cit., page 199. 2 - « Si Jésus de Nazareth n'est pas le Messie... il faut le considérer comme un psychopathe morbide, ou alors il faut le classer comme le menteur le plus vulgaire de l'histoire de l'humanité. Il n'y a aucune possibilité d'échapper à ce dilemme comme le Jésua­nisme libéral a cherché à le faire : « si non est Deus, non est bonus ».2 Ibid. Si ce n'est pas Dieu, ce n'est pas bon.

Les mêmes raisonnements s'appliquent à Sai Baba et la question qui demeure est la suivante : est-ce un extatique, un psychopathe ou un fou ? Cette question n'a aucune raison d'être. Celui qui a vu, rencontré et entendu parler Sai Baba, a ressenti une expérience d'amour, de sécurité, de vérité et de plénitude. Celui qui a été en contact avec Sai Baba a senti, après le premier désarroi qui frappe ceux qui ne sont pas accoutumés à une Energie Omnipotente, qu'il a eu un contact avec une Réalité Supérieure, pleine de paix, de miséricorde, de douceur et de longanimité. C'est l'expérience directe de la personne de Sai Baba qui rend cette expérience digne de foi et véridique contre quelque critique qui puisse s'élever. Voilà pourquoi celui qui n'en a pas fait l'expérience n'est pas en mesure de porter un jugement.

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La description de la douceur ou de l'acidité d'un fruit deviendrait plus fiable si elle provenait de plusieurs sources. Néanmoins, aucune critique ni aucun jugement ne peut donner la saveur du fruit si on ne l'a pas goûté personnellement. Seule une maladie peut rendre le palais inapte au goût ou provoquer une nausée lorsque l'on goûte à des friandises. De même, personne ne peut communiquer l'expérience de la Béatitude et de l'Amour qui émanent de la personne de Sai Baba, sans l'avoir approché. Tous ceux qui possèdent des sentiments sains dans leur coeur ne pourront résister à Son charme. Même ceux qui Lui sont hostiles ne résisteront pas longtemps à Sa force d'attraction.

En lisant ces lignes, certains pourraient penser que l'auteur est un fanatique. Se diviser en exaltés et libéraux n'est guère productif pour la compréhension d'un événement. Au demeurant, nous sommes tous des fanatiques de quelque chose. Ce que l'on appelle fanatisme avec un sentiment de mépris n'est qu'un désir de bonheur, l'énergie de propulsion qui fait vivre. On peut être fanatique d'une femme, d'une équipe de football, de son disque préféré ou de sa voiture super-cylindrée.

Le fanatisme implique l'intolérance envers ceux qui pensent différemment et engendre la violence. Le christianisme a été marqué par le fanatisme, tout comme d'autres religions intolérantes. Par conséquent, ceux qui écrivent sur les sectes en dressant des listes pour les condamner ne devraient pas oublier que le Christianisme primitif était taxé de sectarisme et accusé de commettre secrètement de nombreux délits tels que l'infanticide, la prostitution sacrée, etc. Si vous êtes disposés à agresser quelqu'un qui se permet de toucher à votre idole, alors vous êtes des fanatiques.

Je préfère pour ma part ne pas me fâcher avec ceux qui ne voient pas, car la cécité d'un ami ne justifie pas notre propre irascibilité. Je ne cherche pas non plus désespérément des prosélytes. A quoi bon ? Je sais, par contre, que même la résistance à la verité est une Lila de la Vérité Elle-même.Je me limite donc à dire : si votre "palais" est fin, goûtez-y pour y croire ! seule la dégustation rendra votre jugement crédible.

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On observe ici un deuxième geste d'amour du Créateur qui n'interdit absolument pas la consom­mation de tous les fruits, n'impose pas une diminution de l'ap­pétit ou des aspirations de Ses fils, mais avec une divine ma­gnificence, leur offre tous les fruits à l'exception d'un seul.

Pourquoi cette restriction ? Serait-ce un piège ? Certes, les êtres humains sont faits de telle sorte que si on les met en garde contre quelque chose, il leur vient immédiatement une telle curiosité qu'il leur faudrait être héroïque pour y résister. Et pour exploiter à dessein cette impulsion naissante, on voit se profiler la figure sournoise du serpent, qui n'est autre que le pouvoir de l'illusion, appelée Mâyâ dans la philosophie orientale. Tel un prestidigitateur qui crée et fait disparaître les illusions qu'il met en scène, ainsi Mâyâ, la grande Illusionniste, nous fait prendre le vrai pour le faux et le faux pour le vrai. Mâyâ est comme l'ombre de Dieu qui Accompagne toujours.

Celui qui vit dans l'ignorance ne peut arriver à obtenir la vision du Divin. Voici une belle histoire qui l'explique:

Un jour, le Seigneur appela Mâyâ, l'Illusion, et lui dit : « Regarde, en raison de Mes multiples manifestations, tous Me décrivent comme étant voilé par Mâyâ, et ceci M'a créé une fâcheuse renommée. Je Me suis fait une mauvaise réputation parce que tu es sans cesse avec Moi. A partir de maintenant, laisse-Moi en paix, éloigne toi de Moi et va où tu veux. »

Mâyâ Lui répondit : « Mon patron, je suis prête à obtempérer à Tes ordres, mais fais-moi connaître d'abord un seul endroit où Tu ne résides pas et où je pourrais aller. »

Dieu sourit et dit : « Eh bien, il n'y a pas d'endroit où Je ne suis pas présent. Nous sommes comme deux oiseaux identiques. Je t'ai posé cette question pour savoir ce que tu Me répondrais. »1 - Discours 88189 XXII, 9.

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Dans l'histoire biblique, le rôle de Mâyâ est magnifiquement interprété par le serpent : son insinuation est subtilement perverse, et dans son exhortation il tend à exagérer les limitations imposées par Dieu, afin de le montrer sous un jour défavorable : « Dieu a-t-Il réellement dit : "Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin" ? »1 - Tout ce passage se trouve dans la Genèse 3, 1-7.

Quel est donc la substance du fruit de cet arbre pour être aussi vénéneux ? En quoi réside son pouvoir mortel ? Qu'est ce qui le rend aussi exclusif ? Le Créateur le définit: « Arbre de la Connaissance ». Il ne s'agit donc pas de n'importe quel arbre ; il s'agit d'une plante fort noble : la Connaissance.

On comprend maintenant pourquoi il est interdit de manger de ses fruits. La Connaissance représente le « toit final » posé sur tous les désirs, au-delà duquel on ne peut construire d'autres étages si l'on tient vraiment à sa propre vie. En vérité, celui qui « possède la Connaissance », la Sagesse et la Discrimination, sait qu'il peut continuer à goûter à plusieurs fruits, mais, s'il désirait seulement se libérer de la limitation de ce « toit » et donner libre cours à tous ses désirs, il anticiperait sa mort physique, naturelle pour chaque individu, ainsi que sa mort spirituelle. L'âme resterait encore liée au pouvoir mortel de Mâyâ, le serpent qui, d'un ton cajoleur, répète son numéro.

On comprend ici l'aimable méthode de Sai qui suggère de ne pas dépasser le « plafond des désirs » : celui de la Connaissance étant le dernier toit auquel on ne peut accéder que si on a imposé une limite aux autres. On ne peut être à même d'apprécier cette ultime protection si on continue à séjourner dans les étages inférieurs, et on ne l'atteint qu'après avoir dépassé ces derniers.

L'ensemble de ces désirs est comme un immeuble à plusieurs étages, pour certains, c'est même un gratte-ciel. Tout en haut, il faut qu'il y ait un toit, et cette construction doit être

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achevée, sinon elle s'écroulerait, comme ce fut le cas pour la Tour de Babel, construite sans limites afin de défier la puissance de Dieu.1 On atteint le toit au moment où on comprend que la jouissance du fruit de sa propre action est un lest pour celui qui désire se libérer des chaînes du samsâra

, ou du cycle de la vie et de la mort. Par conséquent, sans chercher à éviter de gravir ces étages, on saisit mieux l'urgence qu'il y a à atteindre ce toit d'où la vision est plus claire, et d'où tout apparaît petit et relatif comme un jouet.

Lorsqu'on parvient au toit final, il n'y a plus de fruits à consommer. A l'étage de la Connaissance, ayant compris la relativité des fruits de tous les autres arbres du jardin, on ne pense même plus à jouir du fruit de la Connaissance. En effet, si l'on goûtait à ce fruit, ce serait comme si on replongeait dans l'ignorance ou dans la mort. Voilà pourquoi celui qui s'approche de cet arbre avec le désir de goûter à ses fruits en mourrait. Et voilà pourquoi, derrière l'invitation du serpent, se dissimule la tentation primordiale et suprême, celle de désirer sans cesse la jouissance des fruits de chacune de nos propres actions. Certes, parmi les désirs, le plus noble est celui du savoir, mais s'il n'est pas modéré par la réalisation d'avoir atteint le plafond, si on veut connaître pour connaître, il en résulterait uniquement une grande perturbation mentale.

Les religions sont le résultat de la survie du désir dans un domaine où il aurait dû disparaître : les hommes ont voulu se mesurer à une connaissance qui, par amour pour les fruits de leur intelligence, a dégénéré en diatribes et controverses doctrinales, trahissant ainsi le principe même de la «religion » qui est celui d'unir.

La vérité qui consiste à « être Dieu » ne peut pas être découverte par une spéculation, la vérité qui consiste à être (198)

prince ne provient pas d'une dissertation : il suffit d'être le fils d'un souverain ! Pour compléter la réalité qui consiste à être fils de roi, il ne manque que la certitude de l'être et le comportement naturel qui distingue ceux qui appartiennent à ce rang.

L'art de Mâyâ ne s'arrête pas là. L'acte de fourberie du serpent se sert d'une ruse encore plus... diabolique : il réussit à persuader le premier couple de goûter de ce fruit mortel, prétendant que le Créateur l'aurait interdit afin qu'ils ne puissent rivaliser avec Son propre pouvoir. Le seconde tentative de Mâyâ aux dépens de l'homme est donc de dénigrer l'Objectif de l'existence humaine -la recherche du Moi divin -en lui démontrant avec son habituelle ambiguïté comment Dieu, craignant la rivalité d'un homme, le punirait si cet homme parvenait à posséder la « connaissance de toutes choses ».

Pourquoi un père qui a hâte de voir ses fils marcher sur ses pas -au point de vue physique, caractériel, professionnel, etc... - deviendrait-il jaloux si ses fils désiraient l'imiter ? Et comment, Celui qui « créa l'homme à son image, le créa à l'image de Dieu "pourrait-Il punir cette rivalité ?

Le serpent Mâyâ joua ainsi la carte de la ruse intellectuelle avec Eve : « goûte à ce frui 17-Nov-2005 12:49< cute;té en mesure de comprendre, elle aurait pu lui répondre : « Je le suis déjà ! Je n'ai pas besoin de ce fruit ». Mais ce sophiste réussit également à convaincre Adam. La vision dualiste de la vie domina donc chez nos ancêtres ; ils se virent si distincts du Créateur, si différents, qu'ils tombèrent sous le joug du piège des sens.

« Il n'y a qu'une réalité et non pas deux. Si on en voit une autre, cela veut dire que Mâyâ est à l'oeuvre. Mâyâ est inoffensive pour le fidèle de Dieu. La même Mâyâ, dangereuse pour celui qui ne croit pas en Dieu, protège le fidèle de quelque problème que ce soit. "

199

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Chapitre 14

La religion ou la dévotion

au seul Dieu

« Il n'y a qu'un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême; un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous,  par tous, et en tous. »

ST PAUL AUX EPHESIENS 4,5-6

    Ceux qui ont eu la chance de se rendre à l'ashram de Sai Baba auront remarqué que l'atmosphère est saturée de Paix et de bonnes pensées, grâce également à la méthode adoptée à l'intérieur de l'ashram consistant à afficher un peu partout des phrases du Maître. Ainsi, partout où l'on passe, il y a toujours une citation attirant notre attention sur les valeurs spirituelles, et nous rappelant que notre présence en ce lieu est motivée uniquement par la décision de nous élever dans notre propre vie intérieure. Une des citations qui a rendu célèbre dans le monde entier le programme de Sathya Sai Baba est la suivante -.

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Il y a une seule religion : la religion de l'amour.

IL y a un seul langage :le langage du coeur.

Il y a une seule caste : la caste de l'humanité.

Il n'y a un seul Dieu : Il est omniprésent.

Certains opposants croient pouvoir entrevoir dans ce slogan le désir de réunir toutes les religions en une seule, créant ainsi une nouvelle religion qui supplanterait toutes les autres. Ils définissent cette tentative par le terme de : « syncrétisme ». L'Eglise eut à soutenir de nombreuses luttes dans le passé pour éviter ce que l'on considérait en ce temps--là comme une détérioration de la religion « unique et vraie ».

Etymologiquement, syncrétisme, qui dérive du grec synkre­tismos, (lia. « union à la manière des Crétois ») signifie fusion d'éléments mythologiques, culturels et doctrinaux tirés de diverses religions. Tenter une union en introduisant des éléments rituels et extérieurs provenant d'autres traditions créerait une véritable confusion. C'est pourquoi je pense que l'Eglise Catholique a agi sagement lorsqu'elle a voulu défendre sa propre tradition contre l'intrusion d'autres formes. Comme je l'ai déjà dit, il est important que la forme soit claire et non dispersive, car elle a une fonction pédagogique, didactique. Il n'est pas nécessaire de fournir constamment de nouveaux biberons au nouveau-né, sinon il finirait par refuser le lait !

Ce principe étant établi, il nous apparaît évident qu'il n'y a pas de danger à fournir le même « lait », même s'il provient d'autres mamelles. Sortons de cette métaphore : l'accusation de syncrétisme ne peut être maintenue contre une religion qui accueille la même Vérité, telle qu'elle a été proclamée par les autres sages et saints. La Vérité n'a pas besoin de label. La crédibilité d'un énoncé n'a pas besoin de l'imprimatur d'une autorité. La Vérité est vraie par elle-même, on la sent là, dans son coeur. Lorsque le coeur est pur, il nous garantit qu'elle est authentique ou DOC.1 - D.O.C. = Sur les vins italiens, signifie : Dénomination d'Origine Contrôlée.

238

Si les hindous me disent que Dieu imprègne toutes choses, j'y crois, non parce que c'est à la mode, mais parce que chaque fois que je regarde autour de moi ou que j'ouvre un livre de physique, de géologie, d'astronomie, chaque fois que je constate les miracles qui m'entourent, je vois de mes propres yeux que ceci est infailliblement vrai ! Pourquoi devrais-je écouter ceux qui insinuent que cette vérité n'est plus vraie, parce qu'elle a été énoncée par une brebis qui n'est pas de ma bergerie ?

Sai Baba n'a absolument pas l'intention de fonder une nouvelle religion ; Il a Lui-même affirmé que celles qui existent suffisent et même qu'il y en a trop. Il a entrepris le devoir sacré de reconduire toutes les religions à l'unique Vérité qui est Dieu et l'Amour. Une religion qui, pour se défendre, éloigne ou combat les autres, ne peut pas être considérée comme crédible, car elle agit contre l'Amour, c'est-à-dire contre Dieu, contre ce qu'elle prêche elle-même.

La signification étymologique du mot « religion », même si elle n'est pas claire pour de nombreux philologues, semble dériver du latin religare : « lier à nouveau ». Sai Baba penche, Lui aussi, pour cette explication :

« Le mot "religion" est composé du préfixe "re". Re indique la répétition de quelque chose. Le reste de la parole indique quelque chose qui unifie. Par conséquent la religion s'entend comme une conjonction, une réunification de deux entités séparées par le temps, ou le rétablissement de leur unité originelle : l'âme et Dieu ont perdu leur Unité Fondamentale. Remettre ensemble ces deux entités est le devoir principal de la religion. »1 - Summer Showers in Brindavan 1979, page 55.

L'échec des religions est dû au fait que les hommes ont perdu de vue la fonction primordiale de l'institution religieuse: stimuler la recherche de Dieu, élever la dévotion que l'homme (239) pratiquement rendu aphone. Nous nous assîmes dans un jardin peuplé d'animaux divers : lapins, perroquets, biches. Nous attendions le retour de Sai Baba.

Et soudain ce personnage de petite taille, mais infini, apparut sur le seuil de Sa demeure de Whitefield. Sa démarche trahissait la fatigue, Il tenait d'une main le bord de sa tunique légèrement relevé afin de ne pas trébucher. Son autre main, la paume tournée vers le ciel, exerçant un doux mouvement rotatoire, semblait exprimer : « Que je suis content de vous voir ! » Son regard empreint de béatitude, en extase, était tourné vers une dimension supérieure à la terre. On aurait pu croire que c'était Lui le Fidèle, et non pas les milliers de personnes assises à Ses pieds, les mains jointes. En vérité, aussi paradoxal que cela puisse paraître, c'est Lui le véritable Fidèle. Lui qui remplit de joie tous ceux qui L'invoquent, Lui qui Se donne entiè­rement si vous savez attendre patiemment, Lui qui S'inquiète de tous vos problèmes et qui vous promet de S'en occuper personnellement. Entre une mère et un fils, qui a le plus de dévotion ? Le fils, qui recherche protection et affection, ou la mère qui donne tout sans rien attendre en retour ?

Un autre petit tour dans les « couloirs », parmi d'autres fidèles et étudiants du collège, puis le Divin Médecin-Chef gravit la rampe qui Le conduit à Son Dispensaire privé afin de visiter d'autres malades. Il ouvre toute grande la porte et nous invite à entrer, tandis qu'Il attend sur le seuil. Nous avions laissé à l'extérieur nos sacs contenant argent et documents. Il est juste d'aller vers Lui les mains vides, sinon comment pourrait-Il les remplir ? On ne se rend pas chez le Tout-Puissant avec des biens, car tout Lui appartient et c'est notre être entier que nous devons Lui offrir, sans le poids superflu des possessions matérielles. C'est un Médecin qui n'accepte pas d'honoraires. Il demande un coeur pur, et c'est Lui qui distribue les différents dons à Ses patients.

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Au début de cette rencontre, Il appela à Lui un étudiant de ses collèges, et d'un air sévère, lui reprocha d'avoir un mental de singe. Il s'adressa ensuite à Antonietta, une gopî du XX siècle, à qui Il demanda de chanter une strophe des Védas. La jeune fille s'exécuta promptement et joyeusement, interprétant le morceau demandé d'une voix mélodieuse. Swâmi l'interrompit, et s'adressant à nouveau à l'étudiant, lui dit : « Tu vois à quel point une Occidentale chante bien les Védas ? Et toi, qui appartiens à cette tradition, ne devrais-tu pas t'appliquer à en faire autant ? »

Il matérialisa ensuite de la Vibhouti qu'Il donna à chacune des femmes, et deux bagues qu'Il offrit à deux d'entre elles. Il nous invita ensuite à pénétrer dans une autre pièce, très petite. Nous étions entassés comme des sardines. Sai Baba s'assit. J'étais si près de Lui que j'aurais pu Le toucher. Paola, qui se trouvait en face de moi, rompit la glace en Lui faisant remarquer qu'il y avait un prêtre catholique parmi nous. « Je le sais, Je le sais, Je le sais ! » répondit Swâmi, et comme s'Il voulait presque me confirmer qu'Il m'avait déjà repéré, Il tourna rapidement la tête vers moi en me regardant droit dans les yeux.

Sur le moment, je ne réalisai pas que quiconque m'aurait cherché dans le groupe aurait eu du mal à me repérer. Mais Lui n'a nullement besoin d'indications, Il n'ignore rien de nous et n'a pas besoin de suggestions pour trouver ce qu'Il cherche. Ainsi, sans aucune hésitation, Il me repéra instantanément, bien que je fusse vêtu de la même manière que les autres hommes présents.

Il profita alors de l'occasion pour me donner certains conseils et établir le diagnostic de mon état d'âme. « Parfois, tu as des doutes à propos de ce qui est vrai et de ce qui est faux. Tu te tourmentes ainsi. La recherche te procurera de la stabilité. Je te parlerai individuellement. » Cette dernière promesse fut répétée par la suite au moins par trois fois, mais comme tous les fidèles de longue date le savent, lorsque Swâmi promet, Il ne (281) donne jamais d'indications précises sur la façon dont Il tiendra Sa promesse, ni dans quel délai Il le fera.

Il me fixa à nouveau dans les yeux à l'improviste et me dit

« Comment va ton épouse ? »

Cette question me glaça. Les rires en sourdine des personnes présentes m'humilièrent. Mon absence de voix m'angoissait, car elle m'empêchait de Lui demander des explications ou de me justifier. A cet instant, en l'espace de quelques secondes, je parcourus en pensée plusieurs épisodes de ma vie et, prenant le terme « épouse » dans son sens habituel, je me posai de nombreuses questions. Etait­ ce un avertissement, me mettant en garde contre certains attachements terrestres ? Voulait-Il me prévenir de quelque événement futur, ou souhaitait-Il vérifier le présent ? Je me sentais libre de tout lien affectif de ce genre, et j'aurais aimé le Lui dire, si ma voix m'était revenue.

Mon regard suppliant Lui disait : « Non, Swâmi, Tu sais fort bien que ce n'est pas vrai. Tu sais que chaque décision et chaque renoncement a été fait avec Ton consentement, sous Ta supervision. Pourquoi me dis-Tu cela ? Peut-être est-t-il resté dans mon coeur quelque attachement ? S'il en est ainsi, je T'en prie... pas ici... pas maintenant ! »

Mais Il surenchérit en disant : « Parfois, tu veux l'épouse, et d'autres fois, tu n'en veux pas. » « Mais que dis-Tu, Swâmi ? » aurais-je voulu Lui crier. « Tu sais fort bien que ceci n'est pas vrai, Tu sais fort bien que je n'éprouve aucun désir pour ce genre de relation. » Pendant ce temps, pour faire passer la pilule, Swâmi, amusé, me tenait par le menton, me pinçait doucement les joues : Sa main droite était placée pratiquement sous mon nez, la paume tournée vers le haut. Je ne pus résister à la tentation de la Lui prendre. J'avais l'impression que Son attitude était voulue pour m'accorder une consolation. Ma main gauche glissa timidement sous la Sienne et je posai ma main droite par dessus comme on le fait avec un ami intime. Il me laissa Sa main durant quelques minutes, pendant qu'Il continuait à parler.

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La jeune fille qui avait chanté les Védas intervint en prenant ma défense : « Swâmi, les prêtres ne se marient pas ! » Et Sai Baba ajouta en me souriant : « Non, tu ne dois pas te marier. Reste seul ! »

Entre-temps, il continuait à me prodiguer ses conseils :« Pense seulement à Dieu. Tout est Dieu, et Dieu est avec toi, en toi, autour de toi. U Amour est Dieu. Vis dans l'Amour. »

Il continua en me suggérant des changements sur ma façon de penser et de faire. J'étais flatté qu'Il s'occupât autant de moi, mais, d'autre part, je me sentais quelque peu embarrassé que les corrections me soient adressées coram populo

. 1 - Devant tout le monde.

Je me consolai en pensant au passage de l'Apocalypse : Ego quos amo arguo et castigo,

« je réprimande et je punis ceux que j'aime ».

Il me demanda si j'avais des questions à poser. Malgré mon handicap, je tentai de formuler une question qui s'exprima dans un anglais rauque et pathétique : « Swâmi, si Dieu est partout, où est-Il lorsque les hommes accomplissent de mauvaises actions ? » Mais Il répliqua : « Je te répondrai personnellement à cette question, lorsque Je te recevrai en privé ». Le rendez-vous est donc fixé, mais j'en ignore la date. Bien qu'une réponse à cette question m'ait déjà été donnée, je continue néanmoins à espérer que cet entretien se réalise.

Une femme gravement atteinte de dépression nerveuse se leva pour Lui demander: « Maître, guéris-moi ! ». Swâmi lui promit de s'occuper d'elle, et maintenant cette femme se porte très bien.

Il dit à un de mes amis : « Tu es inquiet pour ton fils, mais ne sois pas angoissé. Je penserai à ton fils. » Tout ce que Swâmi nous dit se révéla vrai par la suite. Ce père était vraiment préoccupé par son fils, et les événements qui suivirent démontrèrent combien sa famille jouissait de la protection de Sai Baba. Son fils fut victime d'un très grave accident d'automobile.

283

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Parfois, au lieu de la Voix Divine, ton cerveau enregistre les voix vagabondes des mauvaises pensées qui t'entourent. Si tu ne répètes pas le Nom de Dieu, si tu ne médites pas, si tu ne pries pas avec ton coeur, ce reliquaire se brise et tout peut envahir ce sanctuaire intérieur. Même la phrase «... C'est une couleuvre ».

Baba a un Amour infini et insondable. Au moment où tu as pensé que c'était Lui le serpent, Il a voulu te donner un darshan sous cette forme, s'éloignant seulement à cause de ta peur stupide. A ce propos, une couleuvre n'a pas de venin, elle est inoffensive et fait un bien énorme à la nature, car elle maintient l'équilibre des insectes et des petits animaux nocifs. « Toutes les formes sont Miennes » a affirmé Swâmi, et c'est extraordinaire que tu l'aies rencontré précisément à ce moment, dans cette forme, comme pour te dire : « Si tu crois que Je suis un serpent, me voilà, Je te ferai voir la forme sous laquelle tu M'imagines. » Penses-y bien ; ne crois-tu pas avoir de la chance ?

Quelles autres preuves de l'amour de Dieu voudrais-tu ? Pourquoi toujours demander à Celui qui a déjà tout donné ? Il ne nous reste plus qu'à nous rendre à l'évidence et Lui laisser notre coeur tel qu'il est ; s'il saigne, Il le cicatrisera ; s'il est plein de larmes, Il les fera jaillir, leur donnant la saveur de l'amour ; s'il est malade, Il le rétablira ; s'il est de pierre, Il le changera en un coeur de chair.

Ne prête pas attention aux nuages passagers des troubles, des anxiétés, des hauts et des bas. Equilibre-toi en lisant Ses discours, en relisant l'Evangile, mais surtout en exécutant jusqu'à la moindre virgule tout ce que nous avons dit. Commence lentement, un peu à la fois, continue avec certitude, et tu atteindras ton but saine et sauve. Accepte ta solitude dans cette découverte ; au moment où tu l'auras acceptée, tu ne sentiras plus la peine. Celui qui persévérera jusqu'au bout sera sauvé !

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