Mr. Philip Mathew Prasad naquit dans une famille très religieuse à Palghat dans le Kerala. Vivant dans une ambiance d’harmonie communautaire dans la ville, les jeunes années de Philip furent marquées par une compréhension des valeurs fondamentales spirituelles et morales communes à toutes les religions. Mais il y eut un changement brutal de son point de vue quand il déménagea à Trivandrum à l’âge de quinze ans pour poursuivre ses études au collège. Le vent des idées marxistes qui soufflait fort le balaya violemment hors de ses bases et il devint un athée fanatique. A 17 ans, il devint un leader du mouvement marxiste étudiant et à 18 ans il était membre du parti. A 21 ans il abandonna les études et rejoignit le mouvement « naxalite ». Il devint un des fondateurs du premier comité de Naxalites de l’Inde ; qui fut formé à Calcutta en 1968. Bientôt il fut pris dans le tourbillon de conflits armés avec la police et du pillage des propriétaires terriens pendant qu’ils travaillaient pour les tribus des régions montagneuses du Kerala. En moins d’un an il se retrouva en prison.
Lorsque Philip se retrouva tout seul dans sa cellule dans la prison du district de Kozikode en 1973, son être intérieur était dans un état tumultuex. Il passait son temps à méditer sur les problèmes fondamentaux de la vie. Une faim spirituelle profonde de son âme se manifestait sous de multiples formes pour le hanter jour et nuit. Il était déçu par l’idéologie et le chemin qu’il s’était choisi. Le Dieu qu’il avait prié enfant ne l’abandonna pas quand il eut à affronter la crise la plus sombre de sa vie. L’Organisation Sathya Sai locale chantait des bhajans dans la prison juste à l’extérieur de sa cellule. Mais il enrageait pendant l’heure interminable des bhajans car son esprit était en total désarroi à cause de son attitude négative envers les choses spirituelles. A la fin des bhajans, un bénévole s’avança vers sa cellule et lui offrit affectueusement une orange comme prasadam à travers les barreaux de fer. Philip devint furieux ; il renvoya l’orange en la jetant au bénévole. Le projectile frappa l’arrière de la tête du bénévole qui se retourna et regarda Philip. Il n’y avait ni colère ni peur dans ses yeux ; il s’en alla simplement. Philip fut amené à réfléchir profondément sur cet épisode qui causait un profond dilemme moral dans son coeur.
Une nuit, incapable de supporter cette angoisse aigüe, il s’effondra et pleura sans aucune retenue. Finalement une irrésistible impulsion de prier surgit de son moi profond. Il récita la « prière du Seigneur » -enseignée par Jésus à ses disciples – qu’il avait apprise avec sa mère dans son enfance. Il n’émit qu’un seul vœu –le vœu de dormir. Son souhait lui fut accordé immédiatement, il glissa dans un doux sommeil sans rêve sur le drap de lit humide de ses larmes de repentir.
La foi qui lui fut rendue cette nuit-là changea complètement sa vie. Les quatre années suivantes en prison furent passées en prières, namasmarana, contemplation et études des écritures –Hindoues, Chrétiennes, Mahométanes et Bouddhistes. Il plongea profondément dans le message de la Bhagavad Geeta, explorant la synthèse de la philosophie marxiste avec l’éternelle culture indienne dans le scénario contemporain des génies multi-religieux. Bien des années après, sa recherche le conduisit aux enseignements de Sai Baba de Shirdi qui apparaissait brillamment comme le messie de l’harmonie des religions dans l’Inde moderne. Une affinité spontanée pour le personnage compatissant de Shirdi jaillit de son cœur.
Quand Philip sortit enfin de prison, il devint juriste et se dédia à l’élévation des masses opprimées en tant qu’activiste politique et travailleur social. Il vint au contact de Swami Ananda Theerta, lui-même défenseur des masses et dernier disciple –sanyasin – initié par Sri Narayana Guru. Pendant une de ses visites chez Philip, Ananda Theerta qui était très malade, voulut qu’on l’emmène au lieu de naissance de son Gourou – Chempazhanti – qui se trouvait à quelques kilomètres de Trivandrum. Le sanyasin était trop faible pour faire ne serait-ce que quelques pas. Mais dès qu’ils eurent atteint le lieu en voiture, Philip fut étonné de voir Ananda Theerta pétillant d’énergie et faisant le tour du mandir avec entrain, tout en versant des larmes de dévotion.
Philip réalisa la puissance de Gurubhakti ce jour-là ; son cœur désira ardemment trouver un véritable Gourou. Ananda Theerta était allé deux fois à Prasanthi Nilayam et avait un grand respect pour Baba ; ses paroles respecteuses sur Baba impressionnèrent profondément Philip. Le livre « Sai Baba, l’homme des miracles » de Howard Murphet prépara aussi son esprit avant l’appel qui vint de façon miraculeuse un jour après le Noël de 1984. Deux jours plus tôt il avait laissé sa malle contenant sa robe de jusriste et ses dossiers dans la maison de son père en ville ; son père la lui apporta à six heures du soir le 26 décembre. Quand Philip ouvrit la malle, il entendit un bruit métallique et découvrit une bague avec le visage de Shirdi Sai Baba gravé dessus. Elle allait parfaitement à son doigt !
Selon les propres mots de Philip : « La simple vue de la bague me remplit d’extase et cette béatitude se répandit dans tout mon être pendant trois jours. Dieu n’était plus une proposition intellectuelle ; Il était devenu instantanément une réalité vivante. « Mais l’esprit sceptique de Philip ne lui permit pas de rester en paix après ces trois jours. Il dit : « J’avais le doute persistant que la bague avait pu être mise dans ma malle par quelque dévot très zélé trop impatient à répandre le message de Baba. Je fis un tour dans les boutiques de Trivandrum où l’on vend de ces souvenirs ressemblant à cette bague. J’échouai, non pas misérablement mais joyeusement ; »
Il se trouva bientôt à Prasanthi Nilayam et eut le darshan de son maître. Mais le poids de culpabilité qu’il portait dans son cœur et la suspicion avec laquelle les autres le regardaient vinrent interférer dans sa paix et son bonheur. Il fut sauvé finalement du tourbillon de la culpabilité par son Seigneur pendant les fêtes d’Onam en 1985. Cette première entreveue avec son maître fut le moment déterminant de sa vie.
Philip rappelle avec une joie pure : « Swami m’a accepté tel que j’étais –tout compris sans exception – sans tenter de me corrompre. Cette acceptation inconditionnelle m’a rempli de béatitude. Dans cette entrevue qui a duré 45 mn, Swami a répété 17 fois : « Ne corrompez pas votre conscience avec la culpabilité ! » Il m’a traité comme si j’étais Son seul ami et la seule personne digne de Son amitié dans tout l’univers. Comme je me suis senti fier et sûr de moi ! Personne ne m’avait accepté avant ; pas même ma mère. Le « monde » voulait me changer et m’accepter seulement après. Mais le « Mot » que Swami représente m’a juste adopté tel que j’étais. Cette acceptation déclencha en moi un torrent de larmes qui mouillèrent mon costume et Sa robe. Swami essuya mes larmes avec Son mouchoir et matérialisa de la vibhuti qu’Il mit dans ma bouche ».
Baba matérialisa une bague avec une émeraude pour Philip. Tandis qu’Il lui donnait la bague, Bhagavan regarda la bague qui ornait déjà le doigt de Philip et lui demanda avec un pétillement dans les yeux : « Est-ce qu’on trouve cette bague dans les magasins ? » Philip comprit que Baba lui reprochait son penchant pour le doute. Des cadeaux furent matérialisés pour chaque membre de sa famille. Son fils âgé de trois ans reçut une croix en or constellée de perles. Pour sa fille ce fut un médaillon avec les portraits de Baba d’un côté et du Christ sur l’autre face, et pour sa femme, un médaillon avec l’empreinte du visage de Shirdi Baba et l’inscription, « Pourquoi avoir peur quand Je suis là ? »
Inutile de le préciser, Philip devint un messager efficace de l’Avatar Sai au Kérala. Son talent pour parler en public et pour écrire, et son zèle pour le bien public trouvèrent leur accomplissment dans Sa mission. Au cours d’un de ses voyages à Calicut, il apprit que le véritable moment critique dans sa vie n’avait pas été la première entrevue avec son maître, mais le moment où il avait jeté l’orange comme projectile sur un humble serviteur de son maître ! Philip rappelle :
« Un jour, je fus invité par l’Organisation Sathya Sai du district de Calicut à parler de Bhagavan Baba devant un auditoire nombreux dans la mairie de la ville. Pendant mon discours, je fis mention des premiers Sai bhajans auxquels j’avais assisté en tant que prisonnier de mauvaise volonté dans la prison et de ma réaction coléreuse à leur encontre. Après mon discours, un vieux monsieur vint et insista pour que je lui rende visite chez lui tout à côté. Son nom était Sri Shankara Iyer et il était un marchand grossiste en fleurs qui était devenu un dévot de Baba plusieurs décades auparavant. On m’offrit une tasse de café ? Après l’avoir bue, il s’effondra et me raconta cette histoire :
« Shankara Iyer était le bénévole qui avait été frappé par l’orange dans la prison. Quand l’orange le frappa, il fut envahi de pitié pour le jeune homme en colère dans la cellule – moi en l’occurrence- Il pria Bhagavan : « Swami répandez votre grâce sur ce garçon et transformez-le afin qu’il soit heureux. Peut-être qu’un jour, avec vôtre grâce, je pourrai lui offri une tasse de café dans ma maison ! » Swami avait entendu les prières de Shankara Iyer et était venu à mon secours. C’est autour de cette période que la percée arriva dans ma vie et que je regagnais ma foi en Dieu. De cette même cellule où il fut frappé par mon projectile, je fus embarqué par Swami pour un long voyage et Shankara Iyer était le Chef de gare ! »